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LE MONDE
Rameau and his dancers, Cite de la Musique, Paris (14 Feb 2007)
Quand Soweto joue et transcende Rameau
Ce mardi soir, 13 février, on serait bien allé au concert de l'Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam qui venait, à Paris, faire entendre sa notoire splendeur sonore au Théâtre des Champs-Elysées. Mais on s'est éloigné des "beaux quartiers" et du "beau son" pour écouter un orchestre de jeunes musiciens noirs d'Afrique du Sud, invités par Sir John Eliot Gardiner dans le cadre de sa résidence parisienne à la Cité de la musique (Le Monde du 13 février). Quelle belle et généreuse idée que d'avoir mis en lumière, dans la capitale où toutes les "étrangèretés" artistiques ont été bienvenues, le travail que fait l'altiste Rosemary Nalden, à Soweto (Afrique du Sud), depuis le début des années 1990. Elle a mis son énergie dans la fondation d'une école de musique et d'un orchestre, le Buskaid Soweto String Ensemble, dans les quartiers pauvres, s'y est mise en danger (au point d'être agressée physiquement) mais a tenu bon. L'un des résultats de cette entreprise est ce concert, émouvant et exaltant. Gardiner, qui, il y a dix ans, avait fait travailler ces jeunes musiciens, a vite constaté leur étonnante affinité avec la musique de Rameau. Ils l'ont donnée, dimanche 11 février, lors d'un grand moment qui les faisait rencontrer un orchestre baroque, les English Baroque Soloists, retrouver Gardiner, en état de grâce, et la compagnie de danse ancienne Roussat-Lubek, d'une fantaisie poétique incomparable. Baroque, le Buskaid ne l'est en rien mais ses membres ont tout compris de la féline souplesse des danses ramistes, ce que confirment quatre danseurs qui transcendent à leur façon la cambrure rythmique de cette musique. Ce 13 février, ils jouent aussi Mozart, Bartok et Corelli, avec un débridé élégant, et des musiques urbaines sud-africaines, notamment le kwela, semi-improvisation accorte et souriante, qui était pourtant le signal d'alerte de l'arrivée des cars policiers du temps des atrocités de l'apartheid. L'une des violonistes danse, joue de la flûte, puis chante Georgia on my Mind, de Ray Charles, d'une voix à faire pâlir Diana Krall. Une altiste prend un micro et entonne Fever, comme ça, de chic, donnant la musique en vrai partage. La salle est debout, et cette soirée à tomber.
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